Comment s’assurer que la Goal-Line Technology ne reste pas qu’un simple gadget ?

Depuis l’introduction du système à arbitrage vidéo qu’est le Hawk-Eye dans le tennis en 2006, il a été question d’adapter et de mettre en place un tel système dans d’autres sports, et notamment le football. Longtemps, les instances internationales du football ont rejeté l’idée d’une telle innovation, se défendant de vouloir garder un facteur humain dans le jeu[1].Or, chaque erreur d’arbitrage sur un but provoquait l’indignation de la majorité des fans de ce sport. Un exemple des plus révélateurs est le but injustement refusé à l’Angleterre qui lui aurait permis de revenir à 2 buts partout contre l’Allemagne en huitièmes de finale de la coupe du monde 2010. C’est finalement l’Allemagne qui remporte ce match 4 buts à 1[2].

C’est ainsi que lors de la saison 2013/2014, la Premier League, première division anglaise, décide d’adopter la Goal-Line Technology développée par l’entreprise Hawk-Eye innovations Ltd. En associant des informations comme la dimension exacte du terrain à de multiples caméras haute vitesse qui peuvent enregistrer jusqu’à 1000 images par seconde, alors qu’une télévision affiche 25 images par seconde, cette « technologie sur la ligne de but » est capable de déterminer la position exacte du ballon et même d’un joueur[3]. Ainsi, la Goal-Line Technology est capable d’affirmer si oui ou non, le ballon a entièrement franchi la ligne du but.

Evidemment, aujourd’hui, c’est son utilisation qui pose des questions (ralentissement du jeu par exemple). Quel est donc l’avenir pour la Goal-Line Technology et Hawk-Eye Innovations Ltd dans le football ?

Nous allons donc chercher à savoir où en est la Goal-Line Technology et plus particulièrement celle développée par Hawk-Eye Innovations Ltd dans le marché du football européen.

La Goal-Line Technology de Hawk Eye est capable, grâce à ses 14 caméras, de déterminer la position exacte du ballon sur le terrain.
La Goal-Line Technology de Hawk Eye est capable, grâce à ses 14 caméras, de déterminer la position exacte du ballon sur le terrain.

 

Une technologie qui s’affirme

A première vue, le développement de cette technologie semble être arrivé à maturité. L’objectif de la Goal-Line Technology est de conforter l’arbitre dans sa décision, voire de décider à sa place. En effet, il se peut que le ballon franchisse la ligne de but de seulement quelques centimètres voire millimètres, ce qui est impossible de voir à l’œil nu et à vitesse réelle. L’arbitre peut, doit même, accorder un but alors même qu’il l’aurait peut-être refusé sans cette technologie. Ceci témoigne donc de la confiance de la part des arbitres, mais aussi des organisateurs, des participants, et des spectateurs dans cette technologie.

Mais il arrive que le système soit contesté, comme ce fut le cas en 2014, lors du match Aston Villa – Fulham en Angleterre[4] : un journaliste suggère sur Twitter que la marge d’erreur du système soit trop importante pour affirmer avec certitude que la balle ne soit pas entrée. En effet, les marques principales  comme Goalcontrol[5] et Hawk-Eye Innovations Ltd revendiquent une précision de 5mm, cette marge d’erreur pourrait induire le système en erreur. Pourtant, de son côté, la Fifa exige une précision de 1,5cm[6] ; simplement parce qu’il s’agit déjà d’une marge que l’œil humain ne pourrait plus observer. L’objectif, pour le moment, n’est pas d’avoir la certitude que le système soit fiable à 100%, mais il permet d’éviter que la décision soit effectuée par un arbitre dont la parole peut être remise en cause. On comprend donc son adoption par d’autres organismes comme l’UEFA pour l’Euro 2016[7].

 

Une fois que le ballon franchit la ligne de but, l'arbitre reçoit automatiquement un message lui confirmant qu’il y a effectivement but.
Une fois que le ballon franchit la ligne de but, l’arbitre reçoit automatiquement un message lui confirmant qu’il y a effectivement but.

Le premier but accordé officiellement par la Goal-Line Technology a eu lieu au Brésil, lors de la coupe du monde 2014, lors du match qui opposait la France au Honduras. A l’époque, le système nécessite quelques secondes pour confirmer ce que l’arbitre n’avait pas pu voir.

En effet, comme l’explique Goalcontrol sur son site internet, les 14 caméras rivées sur les cages exportent les données vers une unité centrale qui reconstitue la scène avec une fluidité de 1000 images par seconde. Une fois le but confirmé, l’arbitre reçoit un message sur sa montre lui annonçant le point. Cela explique le temps nécessaire au système pour donner une décision. De son côté, Frédéric Thiriez[8], président de la Ligue de Football Professionnel jusqu’à il y a quelques jours, lors d’une interview sur RMC en août 2015, a rappelé que la Goal-Line Technology pouvait encore faire l’objet de certains développement, notamment en ce qui concerne la rediffusion. Il s’agit pour le moment d’une modélisation 3D générée par l’ordinateur centrale et non pas d’une vidéo retransmise directement. La technologie remplit donc pour le moment sa fonction technique, mais sa mise en scène peut encore être améliorée.

 

Hawk-Eye Innovations Ltd, leader du marché européen

Le système Hawk-Eye est développé par l’entreprise britannique Hawk-Eye Innovations Ltd depuis 1999. Cette technologie a connu un essor relativement rapide : racheté dès 2001 par Sony, elle a, en moins de 10 ans, fait son arrivée dans un sport médiatisé comme le tennis et y a fait ses preuves. Aujourd’hui le système Hawk-Eye est utilisé dans 17 sports comme le cricket, le volley, le rugby et même la course hippique, preuve que le marché auquel s’adresse le Hawk-Eye n’est pas centré sur un ou deux sports, mais vise bien le sport en général. L’entreprise s’apprête désormais à connaître un nouveau tournant majeur puisqu’elle est en passe de conquérir le sport le plus médiatisé : le football[9]. L’entreprise équipe en effet depuis 2013 les terrains de Premier League anglaise et a remporté l’appel d’offre lancé par l’UEFA pour équiper les terrains de l’euro 2016. Sur ce marché du football, l’entreprise Hawk-Eye Innovations Ltd est en concurrence avec GoalControl, qui équipait les stades de la coupe du monde de la FIFA au Brésil en 2014. Quoique un peu moins précise, la technologie GoalControl a un fonctionnement quasiment similaire au Hawk-Eye et a notamment l’avantage d’être moins onéreuse : il faut environ 200 000 euros pour équiper un stade contre 250 000 avec Hawk-Eye. Le deuxième gros concurrent du Hawk-Eye est l’entreprise GoalRef[10]. Son coût d’installation approche les 500 000 euros, et son fonctionnement est très différent : un capteur placé directement dans la balle déclenche la montre de l’arbitre si la balle franchit un champ magnétique situé dans le but. Il faut aussi évoquer la technologie CAIROS[11] qui fonctionne comme le GoalRef, et partage aussi l’inconvénient du prix. Malgré cette concurrence importante, l’entreprise Hawk-Eye Innovations Ltd semble bien partie pour devenir leader sur le marché du football : sa mise en place dans le championnat anglais, championnat le plus regardé au monde, et à l’Euro 2016 lui donne un avantage énorme, plaçant ainsi le système Hawk-Eye comme une référence institutionnalisée dans le domaine.

 

Des objectifs différents selon les acteurs

Ce sont les chaînes de télévision, notamment la chaîne britannique Channel 4 en 2001, qui ont joué le rôle d’innovateurs avec cette technologie. En effet, cela permettait aux téléspectateurs de se rendre compte des possibles erreurs d’arbitrage lors des matchs de tennis lors des tournois du Grand Chelem. Dans le monde du football cependant, cette technologie a été essayée de manière non-officielle afin de pouvoir la développer et améliorer sa précision.

La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) constitue la seule véritable « early adopter ». Elle a mis en place le système de la Goal-Line Technology pour la première fois lors de la coupe du monde des clubs en 2012 et 2013 et la coupe des confédérations en 2013[12].

 

“Les joueurs acceptent [ndlr : la décision] et se replacent pour jouer.”

 

Aujourd’hui, la Goal-Line Technology est adoptée par la majorité des instances du football européen. En effet, les principaux championnats européens ont installé cette technologie dans les stades de leur championnat. On retrouve évidemment le championnat de football le plus regardé au monde, la Premier League, championnat anglais mais aussi la Bundesliga, championnat allemand, la Série A, championnat italien mais aussi le championnat néerlandais, l’Eredivisie.

Comme nous l’a confié Rémy Vercoutre, gardien du Stade Malherbe Caen, la Goal-Line Technology a conquis joueurs et supporters, même les plus sceptiques. Ce dernier affirme n’avoir pas été « spécialement pour au départ », défendant l’idée que « l’erreur humaine fait partie des matchs ». Il renchérit en déclarant même que cette technologie va à l’encontre de l’essence-même du football, qui selon lui, se retrouve dans son côté populaire, dans les discussions que les polémiques engendrent au café des sports du coin. Cependant, « étant acteur » de ce sport, il doit reconnaître l’utilité d’un tel système qui met fin à toute contestation : « les joueurs acceptent [ndlr : la décision] et se replacent pour jouer. » L’aspect humain ne fait donc pas le poids face à l’impartialité (aussi fiable soit-elle).

Même si le système Hawk-Eye est utilisé depuis plusieurs années dans le sport (tennis, cricket), cette technologie ne reste encore qu’une innovation dans le football. En cela, il est difficile de se projeter dans l’avenir quant au futur de cette technologie dans ce sport et notamment l’ampleur qu’elle prendra.

Cependant, nous pensons que l’entreprise Hawk-Eye Innovations Ltd a un avenir dans le monde du football professionnel puisque dans un monde où le sport est devenu un business, les fautes d’arbitrages peuvent donner lieu à des polémiques sur la corruption ou tout simplement les compétences des arbitres. Cette technologie répond parfaitement aux attentes des arbitres, des chaines de télévision, des spectateurs et des joueurs par son côté impartial qui coupe court à toute contestation possible notamment lors des grandes compétitions. L’avis de Rémy Vercoutre va dans le même sens. Il ne voit pas de grande évolution à venir dans l’utilisation de la Goal-Line Technology, qui aujourd’hui « fonctionne très bien » et ne fait perdre que « très très peu de temps ». A l’inverse, une surutilisation de ce système (pour des touches, des corners par exemple) dénaturerait l’essence-même du football. En effet, cela serait source de nombreux arrêts de jeu et pour en revenir au facteur humain dans le foot, Rémy Vercoutre défend l’idée que « les erreurs d’arbitrage font parties de la vie d’un match ». Une nouvelle manière d’utiliser la Goal-Line Technology n’est donc pas d’actualité. Les axes d’amélioration sont donc à aller chercher à court-terme chez les spectateurs.

Par ailleurs, il paraît très improbable que cette technologie se répande à tous les échelons du football. On imagine difficilement comment le Hawk-Eye pourrait avoir sa place un jour sur les terrains de clubs amateurs, au vu de son prix et de l’entretien que celle-ci nécessite.

La Goal-Line Technology est donc à une période charnière de son développement. Celle-ci est, en effet, en train de se généraliser dans le monde du football professionnel européen. Cependant, la manière dont elle va être utilisée dans le futur ainsi que les problématiques que cette utilisation va engendrer va décider du sort de cette technologie. C’est alors tout le défi de l’entreprise Hawk-Eye Innovations Ltd que de prouver la fiabilité de son système de Goal-Line Technology par rapport à ses concurrents. L’autre aspect primordial pour Hawk-Eye Innovations Ltd est de s’assurer une présence pérenne sur ce nouveau marché en trouvant de nouvelles utilisations pour la Goal-Line technology voire même en inventant un nouveau type de système d’aide à l’arbitrage.

 

Arthur Comte, Erwan Le Cardinal, Charles Lettermann, Loïc Redon, Pierre Winkel.

 

[1] Cyrille Haddouche, Romain Schneider and Dominique Pagnoud, “La Question De L’arbitrage Vidéo Refait Surface”, Le Figaro, 2008, http://www.lefigaro.fr/sport/2008/10/03/02001-20081003ARTFIG00005-la-question-de-l-arbitrage-video-refait-surface-.php.

[2] Anthony Hernandez, “L’allemagne Corrige L’angleterre (4-1) Et File En Quarts”, Le Monde.Fr, 2010, http://abonnes.lemonde.fr/sport/article/2010/06/27/battu-4-1-l-angleterre-sombre-devant-l-allemagne_1379617_3242.html.

[3] Olivier Robillart, “Coupe Du Monde De Rugby : Comment Fonctionne Le Hawk-Eye”,Clubic.Com, 2015, http://www.clubic.com/technologies-d-avenir/actualite-776448-hawk-eye-rugby.html.

[4]  “What Is The Error Margin Of Goal Line Technology?”, Scoreboard Journalism, 2014, https://scoreboardjournalism.wordpress.com/2014/04/06/what-is-the-error-margin-of-goal-line-technology/.

[5] “Home | Goalcontrol – Advanced Goal Line Technology”, Goalcontrol.De, 2016, http://goalcontrol.de/en/.

[6] Alexandre Laurent, “Football : La Goal Line Technology Fait Ses Débuts En Ligue 1”,Clubic.Com, 2015, http://www.clubic.com/technologies-d-avenir/actualite-709773-coupe-monde-comment-fonctionne-goal-line-technology.html.

[7] “La Technologie Sur La Ligne De But Mise En Place Dès La Finale De Ligue Des Champions 2016”, Le Monde.Fr, 2016, http://www.lemonde.fr/football/article/2016/03/04/la-technologie-sur-la-ligne-de-but-mise-en-place-des-la-finale-de-ligue-des-champions-2016_4876743_1616938.html.

[8] Par rédaction, “Réforme Des Relégations, PSG, Goal Line Technology : La Mise Au Point De Thiriez”, RMC SPORT, 2015, http://rmcsport.bfmtv.com/football/reforme-des-relegations-psg-goal-line-technology-la-mise-au-point-de-thiriez-905932.html.

[9] “Cristiano Ronaldo Est Le Sportif Le Plus Médiatisé Du Monde”, Eurosport, 2014, http://www.eurosport.fr/football/cristiano-ronaldo-est-le-sportif-le-plus-mediatise-du-monde_sto4428940/story.shtml.

[10] http://www.iis.fraunhofer.de/en/ff/kom/proj/goalref.html

[11] “CAIROS GLT System Granted FIFA Licence”, FIFA.Com, 2013, http://www.fifa.com/about-fifa/news/y=2013/m=2/news=cairos-glt-system-granted-fifa-licence-2017674.html.

[12] Will Bledon, “Le Hawk-Eye A Bientôt 10 Ans”, Tennis-Club.Org, 2015, http://tennis-club.org/actualite-du-tennis/debats-autour-du-tennis/hawk-eye-ca-marche/.

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