Quel avenir pour DoorBird ?

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IoT, ou Internet of Things, voici ce que cet acronyme signifie. Ce marché représente, en 2015, 42 milliards d’objets avec une prévision à 155 milliards d’objets en 2025[1], prévision qui s’avère différente selon les spécialistes, estimée par exemple à 21 milliards en 2020 selon Michael Patrick Moran[2]. L’évolution constante du marché et la difficulté de proposer une définition universelle des IoT ne permet donc pas d’affirmer des prévisions précises.

Le marché des objets connectés englobe plusieurs domaines, notamment celui de la domotique. Selon le cabinet Xerfi, le marché de la domotique représentait en 2014 entre 250 et 450 millions d’euros de chiffres d’affaires[3]. Bien qu’il ne soit pas encore mature, ce marché est en plein essor. Les entreprises du secteur sont en bonne santé et les consommateurs demeurent optimistes pour la suite. En effet, selon étude menée en 2015 par le cabinet IPSOS « Les Français et la domotique », 58% pensent que l’avenir correspont à la maison connectée[4].

 

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Doorbird est un système d’ouverture à distance de porte via un interphone. Il est composé d’un interphone doté d’une caméra et d’une application qui s’échangent des données. Ainsi, lorsque quelqu’un vient sonner chez l’utilisateur et qu’il ne se trouve pas chez lui, il peut voir la personne qui a sonnée, lui parler et lui ouvrir la porte, le tout à distance sur son smartphone. Ce produit nécessite également un système mécanique pour verrouiller et déverrouiller la porte à distance. Dôté d’une caméra HD, le système DoorBird se proclame pour l’instant, le système le plus abouti sur le marché devant ses principaux concurrents DoorBot et Ring[5].

 

L’application disponible sur smartphone est un des atouts de DoorBird. En effet, sans elle le produit perd tout son attrait. Les consommateurs veulent avoir accès de manière aisée et simple au système. L’application doit permettre en quelques secondes à l’utilisateur de voir qui se trouve devant la porte et de lui ouvrir ou non. De plus, le consommateur ne veut pas attendre. Tout doit être immédiat. Pour cela, les données doivent être envoyées instantanément. Il est donc nécessaire d’avoir un bon réseau de communication internet et mobile. Mais la sécurisation des données est l’un des aspects les plus importants pour le client. Il ne veut pas que l’on puisse pirater ses données et qu’un hacker puisse rentrer chez lui après avoir craqué le système. Par ailleurs, l’accès du produit est aussi important, le client veut pouvoir acheter le produit le plus aisément et rapidement possible. Il faut donc penser aux canaux de distribution, au prix et à la communication faite autour du produit. Enfin il ne doit pas être obsolète trop rapidement ou soumis à l’obsolescence programmée, la durée de vie reste donc un atout pour Doorbird.

En nous basant sur les travaux de Teece[6] sur l’appropriabilité, soit, la capacité que peut avoir un innovateur à limiter ou à retarder l’imitation de son innovation par ses concurrents, nous avons pu déterminer qu’une différenciation importante vis-à-vis des produits concurrents alliée au développement d’un savoir-faire particulier était un facteur d’appropriabilité forte.

Dans le cas du produit Doorbird, l’entreprise a su rendre le produit difficilement appropriable grâce à une avance technique importante sur les concurrents en terme de facilité d’emploi et de fiabilité du produit. En effet, sur le plan technique on peut dire que Doorbird se différencie véritablement avec la qualité de sa connexion avec l’objet connecté qui se fait de manière quasi-instantanée. Par ailleurs, la qualité de l’image (grâce à une vue à 180°) et de son est au dessus des concurrents grâce à un grand savoir-faire technique de l’entreprise[7].

De plus, le produit est aux normes sur le plan de la sécurisation des données. La protection des données transmises par la connexion internet est sûre grâce à des systèmes de protection qui concordent avec les législations américaine et européenne de protection des données.

Toutefois, la différenciation pourrait bien s’accentuer dans le secteur de la sécurisation des données qui repose toujours dans un équilibre instable entre le développement de techniques de vol des informations personnelles et l’adaptation des systèmes de protection. Il y a fort à parier que les futurs utilisateurs d’appareils domotiques de ce type rechercheront toujours une plus grande sécurité du produit. Par ailleurs, la technologie et la domotique avancent à grand pas, il est difficile pour un produit de rester en tête du marché et ne pas devenir obsolète trop rapidement.

Concernant la distribution, une stratégie de communication est facilement réalisable grâce à internet. Des publications dans des journaux ou la diffusion de spots télévisés et radiodiffusés sont plus onéreuses et par conséquent moins accessibles. La commercialisation d’un produit est également facilitée par la multiplicité des canaux existants et leur facilité d’accès comme internet ou des magasins physiques. Ces deux derniers aspects ont une appropriabilité faible. Ainsi, Doorbird pourrait approfondir ses recherches en matière de sécurisation des données et de durée de vie du produit et de distribution pour se démarquer de manière notable vis-à-vis de ses concurrents.

 

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Mais qu’en est-il de l’état d’avancement de la technologie dont bénéficie DoorBird ? Deux variables permettent d’analyser la situation technologique de cette application.

La première porte sur la performance mécanique de ce système. Est-il techniquement possible d’ouvrir une porte ou un portail à distance grâce à une application installée sur un smartphone ? Le simple fait d’ouvrir la porte de manière électromagnétique est un système qui fonctionne depuis de nombreuses années puisqu’il équipe une grande partie des logements sur le marché français[8]. Cependant, il est plus difficile de relier ce système à une ouverture à distance rendu possible grâce au web. Internet n’est pas un obstacle compte tenu du fait que 2/3 des téléphones portables du marché captent la 3G et que le taux de couverture 3G d’Orange et de SFR sur le territoire français est de 98% selon l’Arcep[9] en 2015. Ainsi, relier le smartphone à l’interphone est tout à fait possible. Certains acteurs du marché le font déjà comme Somfy, grâce à une application développée spécifiquement, appelée Tahoma qui « command[e] et gèr[e] les équipements connectés [d’une] maison ou appartement, depuis [un] ordinateur, [une] tablette ou [un] smartphone »[10]. Par conséquent, la technologie utilisée par DoorBird est fonctionnelle, efficace et fiable. En nous appuyant sur les travaux de Foster[11], nous avons situé Doorbird sur la courbe suivante, selon la performance technologique. Ici, la performance technologique représente la capacité à ouvrir la porte à distance par l’intermédiaire d’un smartphone. Ceci nous paraît être un critère de performance essentiel.

 

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Se pose alors la question de la sécurisation des données sur internet. Concrètement, il s’agit de savoir si le contrôle d’accès est bien réel et s’il n’est pas impossible de corrompre ce système. Cette question est d’autant plus importante que ce système est un produit de sécurité qui contrôle l’accès à une maison. Sa fiabilité a été mise en avant lors du CES[12] (Consumer Electronics Show). Ses concepteurs insiste sur le fait que Doorbird est une application sécurisée grâce à l’utilisation de la biométrie avec reconnaissance faciale et qu’elle respecte les normes Européennes[13]. Toutefois, ce respect des normes est-il suffisant ? Alain Merle, responsable marketing stratégique au Leti (affilié au CEA) sur la cybersécurité répond que les normes, qu’elles soient européennes ou américaines, ne sont pas suffisamment développées sur la sécurité digitale[14]. Il ajoute que ce système est soumis aux failles des smartphones : mise sur écoute, extraction des données. Par conséquent, M. Merle estime que ce système n’est pas entièrement sécurisé et que même s’il répond à des normes internationales, celles-ci seront sans doute transgresser par des pirates. La sécurité ne s’atteint pas totalement, elle se recherche continuellement. Ainsi, DoorBird propose un service qui présente un certain risque, libre à chacun de l’adopter ou non.

Certains ont déjà fait ce choix mais leur nombre est encore très faible. En effet, l’essor de la domotique avec les objets connectées n’a pas été la révolution high-tech tant espérée. Bien que le secteur ait généré entre 250 à 450 millions d’euros en 2014 en France[15], le marché se situe au niveau des innovants en ce qui concerne la courbe d’adoption selon les travaux de Rogers[16] et ce, en raison d’une demande encore timide, alors que le marché propose un large panel de produits. Toutefois, ce marché est en plein essor, les entreprises du secteur sont en bonne santé et les consommateurs optimistes pour la suite.

 

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En conclusion nous pensons que Doorbird est un produit qui a les capacités de passer le chasme. Cependant, il est nécessaire que le produit réponde à toutes les attentes du client en particulier en ce qui concerne la sécurisation des données et du système. C’est sur cet axe que Doorbird pourra vraiment se différencier de ses concurrents car le reste des assets est appropriable sans difficulté majeure. Ce produit a un bel avenir devant lui si l’entreprise parvient à sécuriser les données, mais est d’ores et déjà commercialisable du fait de l’état de maturité avancé de la technologie.

 

Arthur Porro De Bailliencourt, Grégoire Rochet, Théophile Podvin, Jacques Bordesoulle, Claire Renault.

 

[1] Internet of Things – Samuel Ropert (IDATE), 7 avril 2016

[2] Why the Internet Of Things Will Dwarf Social (Big Data) – Michael Patrick Moran (GARTNER), 5 Février 2016

[3] Les acteurs français de l’électronique grand public – Xerfi (p.19), Août 2015

[4] Maison connectée : un sacré new biz – Entreprendre (n°289), Avril 2015

[5] Comparison – DoorBird official Website

[6] Profiting from technological innovation : Implications for integration, collaboration, licensing and public policy – David J. Teece, June 1986

[7] Comparison – DoorBird official Website

[8] Le marché de l’interphonie se cherche une nouvelle identité – Catherine Bernard (Expoprotection), 8 octobre 2014

[9] Observatoire sur la couverture et la qualité des services mobiles Décembre 2015 – ARCEP, 18 décembre 2015

[10] Maison connectée Tahoma – Somfy (official website)

[11] Innovation : The Attacker’s Advantage – Richard N. Foster, Avril 1986

[12] Doorbird brings facial recognition to your frontdoor – Megan Wollerton (CNET), 4 Janvier 2016

[13] Comparison – DoorBird (Official Website)

[14] Interview d’Alain Merle par Théophile PODVIN, Jacques BORDESOULLE

[15] Box domotique. Les objets connectés au secours de la maison intelligente Négoce –  octobre 2015 – n° 411

[16] Diffusion of innovations – Everett M. Rogers, 1962

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